L’âge d’or serait-il en train de se transformer en âge de plomb ? Les espoirs suscités sur les marchés financiers par l’élection de Donald Trump et son programme « pro-croissance », fait de dérégulations et de baisses d’impôt, continuent de s’effriter. Le chaos et l’incertitude liés aux droits de douane, la surenchère incessante et les rétropédalages ont eu raison de la confiance des consommateurs américains, avec notamment des anticipations d’inflation en forte augmentation. Si l’impact de la guerre commerciale et la baisse globale de la confiance auront assurément un impact négatif sur la croissance américaine, la progression des craintes de récession outre-Atlantique (cf. graphique de la semaine) ne semble néanmoins pas totalement en ligne avec les données macroéconomiques qui restent malgré tout résilientes, et notamment le marché de l’emploi.
Au-delà de ces craintes légitimes, les investisseurs, longtemps persuadés que Donald Trump surveillait attentivement la performance des marchés financiers et interviendrait pour enrayer toute correction trop brutale (« le Trump put »), en ont eu pour leur argent. En effet, loin de rassurer Wall Street, ses déclarations et celles de son secrétaire au Trésor Scott Bessent n’ont fait qu’accentuer la volatilité des indices boursiers en minimisant la chute récente, ce dernier déclarant par exemple que les corrections étaient saines et normales. Loin d’un soutien explicite ou d’une volonté d’apaisement, le président américain privilégie donc pour le moment son agenda politique et les attentes de son électorat (main street). S’il ne pourra pas indéfiniment fermer les yeux, le « Trump put » est probablement plus loin que les -10% de correction observée jusqu’à présent sur les marchés américains.
Dans ce brouillard ambiant, Jerome Powell et la Fed, relégués au second plan, peuvent savourer ce répit bienvenu. Entre des chiffres d’inflation meilleurs qu’attendu en février mais encore proches des 3%, l’impact encore inconnu des droits de douanes sur l’inflation et la croissance ainsi qu’une économie américaine en ralentissement mais résiliente, il est urgent pour le FOMC de ne rien faire. La Fed devrait donc encore temporiser cette semaine lors de sa réunion de politique monétaire.
Si la guerre commerciale a également impacté les marchés européens en début de semaine dernière avec la riposte annoncée de Bruxelles, le temps reste néanmoins au beau fixe depuis l’annonce du plan de relance budgétaire allemand. D’autant qu’en fin de semaine un accord a été trouvé avec les Verts pour permettre son adoption au parlement en échange de concessions minimes. Le risque de blocage constitutionnel a également été levé vendredi avec le rejet par la Cour de Karlsruhe des demandes de l’AfD et de Die Linke de reporter le vote à la nouvelle législature. À la suite de ces annonces, et bien que toujours volatils, les taux sont finalement restés globalement stables, preuve, peut être, que l’essentiel du plan de relance est déjà intégré dans la hausse récente.
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